Une voie toute tracée

Le témoignage de Carole

Voici le témoignage de Carole, créatrice du blog Adolescence Positive

« Merci Carole pour cette formidable idée, de me proposer de témoigner sur ce sujet crucial qu’est l’orientation à l’adolescence. »

Rentrer dans le moule

« Jusqu’en classe de seconde, j’étais une élève en parfaite adaptation avec le moule de l’éducation nationale. Mes résultats scolaires excellents m’avaient même permis de prendre deux ans d’avance sur mes petits camarades, grande fierté de mes parents, et surtout de mon père qui n’avait pas eu accès, à son grand regret, aux études secondaires.

J’avais bien essayé de me rebeller, de faire le « Guignol » au collège en cours de français et de mathématiques … Je disais même en fin de 3e à mes camarades de classe : « Oh, je vais en 2nde, mes parents m’obligent ».

J’étais donc promise à la voie royale des années 80, le fameux « Bac C », puis médecin comme ma sœur aînée, ou pharmacien comme en rêvait ma mère, ou ingénieur comme ma sœur cadette, ou un autre métier qui « en jette », et qui m’assurerait une totale « indépendance ».

C’est avec plus de difficultés que prévu que je décrochais mon bac C mention « passable », grâce à l’anglais et l’option musique.

Entre temps, l’effet « tempête adolescente » était passé par là. Les transformations biologiques, cérébrales, psychiques, cognitives et sociales auxquelles je faisais face, avaient eu raison de ma motivation, de ma concentration, mais aussi peut-être de ma capacité à assimiler les connaissances.

 Rien ne va plus

Je me retrouvais ainsi « le bec dans l’eau », à savoir pas acceptée à l’INSA, l’école d’ingénieur de mes rêves, enfin, plutôt l’école que ma sœur cadette avait intégrée deux ans plus tôt. La seule porte qui m’était ouverte était un IUT d’informatique (ou de mécanique ?), et je ne sais même plus pourquoi j’avais postulé, car cela ne m’intéressait pas vraiment.

Peut-être pour faire, comme tout le monde, un maximum de demandes, pour être sûre d’avoir « quelque chose ».

Le conseiller d’orientation rencontré par ce chaud après-midi du mois de juillet post-bac, affirma donc à ma mère et à moi-même :

  • Qu’il était préférable de redoubler ma Terminale, pour me constituer un excellent dossier, et élargir ainsi mon horizon en préparant les concours des grandes écoles d’ingénieur par la filière « Math Sup -Math Spé ».
  • Que si j’allais en IUT, je me retrouverai à 18 ans sur le marché du travail, pauvre petite fille immature, et que cela allait mal se passer pour moi. Je ne sais plus si c’est ce qu’il a vraiment dit, ou si c’est moi qui l’ai interprété ainsi.

Catastrophe pour mon père … Comment, sa fille (prodige) allait redoubler ?

Ce conseiller d’orientation, qui me rencontrait pour la première fois de sa vie, me conseillait donc « d’élargir mon horizon ».

Et la Faculté vous dites-vous ? Euh, comment dire … Je ne savais pas travailler sans pression, et je m’imaginais être incapable de m’organiser seule sans « gendarme » pour me faire travailler.

J’ai donc redoublé ma Terminale. Autant vous dire que je n’ai jamais autant « glandé » de ma vie … 

J’ai eu mon Bac avec Mention « Assez Bien », j’ai été acceptée en classes préparatoires scientifiques, mais je n’avais pas pour autant appris à travailler et m’organiser seule.

S’ensuivit une première année de classes préparatoires en mode « dégringolade scolaire », tandis que l’appel des hormones lié à mon jeune âge, 17 ans, et mon immaturité, me laissaient convaincue que ce qui était important, c’était les garçons, enfin, surtout un ;).

Quand ma professeure de Sciences Physiques, au début du troisième trimestre, m’a demandé : « Avez-vous songé à une réorientation ? », je me suis effondrée.
Je n’avais pas le droit d’échouer dans cette « voie toute tracée pour moi ». Intégrer une faculté, non c’était « trop la honte » (oui, je sais, j’étais très bête). Même mes parents ont essayé de me convaincre de m’engager sur une nouvelle voie.

Mon esprit rebelle non intelligent a pris le dessus et j’ai monté un plan de bataille pour persuader mes professeurs de ne pas me virer en fin de première année. Je leur ai dit que j’allais travailler toutes les grandes vacances (et je l’ai fait), et que j’allais passer les concours des écoles de moins grande envergure, pour lesquelles j’aurai plus de chances de réussite.

Ils m’ont fait confiance et m’ont laissé passer en deuxième année. Ont-ils bien fait ?

Ma deuxième année a été catastrophique au début, puis juste médiocre à la fin, me redonnant de l’espoir.

J’ai décroché un oral, et j’ai intégré, vraiment au taquet, une école d’ingénieur, puisqu’ils m’ont appelée le jour de la rentrée scolaire suite à un désistement, alors que j’avais déjà entamé un redoublement de ma deuxième année de classes préparatoires, la mort dans l’âme et emplie de désespoir.

ENFIN SAUVEE …

Mon bilan

Cela fait maintenant 25 ans que j’exerce le métier d’ingénieur, mais pas tout à fait convaincue d’avoir pris le plus court chemin vers mon épanouissement.

En effet, à 16 ans, j’hésitais entre les métiers d’ingénieur et de pianiste.

Je ne vais pas me plaindre, puisque mes différentes expériences m’ont beaucoup enrichie humainement, et m’ont menée là où je suis, et je pense être maintenant sur mon chemin de vie vers l’épanouissement.

Ce qui m’a rendue plus forte et m’a permis d’avancer

  • Mes parents ne m’ont même pas laissé penser en rêve que je pourrai abandonner mes études pour être populaire auprès de mes camarades de classe.
  • Mes parents m’ont soutenue moralement et financièrement dans mes études, même s’ils n’étaient pas toujours d’accord avec mes choix, notamment quand j’ai quitté le giron familial.
  • J’avais une bonne estime de soi, qui m’a permis de maintenir le cap, et de surmonter mes difficultés.
  • Je ne négligeais pas mes passions car elles font de moi une personne unique, saine, et équilibrée.
  • J’adorais les langues vivantes car je les percevais comme un moyen de me relier facilement aux autres. Cela a fait et fait encore la différence dans mon quotidien.
  • J’ai fait un stage de trois mois au Brésil, expérience enrichissante à tous points de vue.

Ce qui m’aurait facilité la vie

  • Apprendre à apprendre dès mon plus jeune âge sans passer par le « par cœur » et le « bachotage ».
  • Rencontrer des personnes dans le monde de la musique avant mon choix définitif de carrière, qui m’auraient expliqué les différentes filières possibles.
  • Ne pas prendre comme « parole d’Evangile » l’avis d’un conseiller d’orientation qui ne connaissait rien de moi, et m’être informée des passerelles possibles entre les différents cursus.
  • Ne pas penser que ma vie serait ratée si jamais j’échouais dans la voie initialement prévue.
  • Ne pas me focaliser sur l’aspect « rémunération » d’un métier ou d’une activité.
  • Prendre conscience plus tôt dans ma carrière de la nécessité de « formation continue » et d’élargissement permanent de ses connaissances.
  • Avoir été formée plus tôt à « l’esprit d’entreprendre ». »

Réagissez au témoignage de Carole dans les commentaires ! 😉

Et si vous aussi, en tant que lecteurs et/ou abonnés, vous souhaitez témoigner sur votre vécu en matière d’orientation ou celui de votre/vos enfant(s), il vous suffit de m’envoyer votre témoignage à carole@jaimemonavenir.com avec votre prénom, votre âge et votre lieu d’habitation.

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