Tu vas en première S et on verra après !

Aujourd’hui je donne la parole à Carole Yvel, du blog ô combien utile, Adolescence Positive, qui revoit, à l’aune de sa propre expérience et dans l’optique de l’orientation de son fils, certains dogmes et nous donne sa version d’une orientation pleine de sens.

C’est drôle car cet article résonne avec mon dernier podcast « Dois-je laisser mon fils préparer un BAC littéraire ? »…;-)

Mon fils est rentré en classe de 3e au collège cette année. En début d’année scolaire, lors de la réunion d’information des parents sur l’orientation, une phrase du Proviseur du collège m’a particulièrement marquée. S’adressant aux parents, il a dit que le temps de « Tu vas en Première S et après on verra » était révolu.

J’avoue que cette phrase m’a à  la fois réjouie et gênée. Je vous explique pourquoi…

Tout pour les mathématiques

Dans les années 80 (au vingtième siècle), tout était mis en oeuvre pour aiguiller les bons élèves vers les filières scientifiques … Je le sais, j’y étais  😉

La raison invoquée à l’époque était : « Avec un bac scientifique, tu peux tout faire. Avec un bac littéraire, tu n’as aucune passerelle ». Si une filière était porteuse d’emploi avec une rémunération élevée, il fallait absolument s’y engager.

J’aimais les mathématiques et le piano. J’ai hésité entre Ingénieur et Pianiste. J’étais tellement persuadée que mes parents penseraient que « Pianiste, ce n’est pas un métier », que je ne leur en ai même pas parlé. Aussi, « devenir ingénieur », à l’époque, était quasiment aussi prestigieux que « devenir médecin ».

Je ne regrette pas mon choix orienté vers les Sciences, mais avec le recul pris en 30 ans, je me rends compte que mes compétences étaient au moins équivalentes dans les deux orientations. Je n’ai pas du tout creusé les « débouchés » relatifs aux métiers liés à  la musique, ni le « mode de vie » lié à  chacun des types de métiers.

Pourtant, mon métier d’ingénieur ne m’a pas empêchée, dés que j’ai trouvé une structure me permettant de le faire, de pratiquer au minimum 5 à  6 heures de musique par semaine, c’est dire que cela était et est toujours un aspect important de mon identité.

Donner du sens pour se construire

Un adolescent a besoin de sens pour s’investir dans ses études.

Comme le dit le psychologue Jaap Van Den Brock, l’être humain a besoin de satisfaire ses besoins psychologiques, le métier choisi étant l’un des chemins pour le faire.

Ces besoins psychologiques sont :

  • L’autonomie (décider de nos propres gestes),
  • La compétence (reconnaissance de nos capacités),
  • La solidarité les uns envers les autres.

Chaque individu est unique, ne serait-ce qu’au travers de son type de mémoire.

Il est donc important pour un jeune, quand il réfléchit à  son orientation, de s’informer sur ce qu’il va trouver dans un métier, et comment il va pouvoir « se nourrir » par rapport à  ses besoins psychologiques propres.

Voici une série de questions à  se poser :

Les 4 ingrédients essentiels pour donner du sens à  son orientation

La richesse du contenu d’une activité :

  • Les activités exercées sont-elles variées ?
  • Comment l’activité est-elle imbriquée dans l’ensemble du processus d’une société ?
  • Cette activité est-elle importante pour les autres ?
  • Quels sont les degrés de liberté par rapport à  la hiérarchie ?
  • Est-il possible de prendre des décisions autonomes ou faut-il obéir à des instructions figées ?
  • Existe-t-il un feed-back afin de s’améliorer ?

La compatibilité entre le salarié et l’emploi futur :

  • L’activité exercée répond-elle à  mon besoin de contact avec les autres, ou à  mon besoin de « solitude » ?
  • Les valeurs du type de société dans laquelle je vais exercer sont-elles en accord avec les miennes ?

Un végétarien n’appréciera pas de travailler dans un abattoir; un antimilitariste se sentira en conflit intérieur s’il travaille pour un fabriquant de matériel militaire.

Les perspectives :

  • Quels sont les possibilités de développement dans l’activité, aussi bien en s’élevant dans la hiérarchie que dans des métiers transverses ?
  • Quels sont les défis possibles ?

L’entente avec les collègues et les responsables :

  • Quel est le type de personnes que je vais rencontrer ?
  • La reconnaissance est-elle « monnaie courante » ?

Mon ado n’ira pas en première S

Un adolescent doit pouvoir s’orienter vers ce pour quoi il est doué. Il aura ainsi la possibilité de s’améliorer, et de perfectionner ses apprentissages tout au long de sa vie. Son futur emploi correspondra aux valeurs qu’il tient en estime. Il pourra s’investir dans une entreprise  dans  laquelle il croit.

Mon conditionnement de « Tout pour les mathématiques » me rend la vie dure. Mon ado réussit dans les matières scientifiques et littéraires… ET il a horreur des mathématiques.

Je pense qu’il a les capacités nécessaires pour passer un bac Scientifique, ET je sais qu’il sera un peu plus malheureux chaque jour dans ses apprentissages s’il va en Première S.

En effet, depuis l’âge de 9 ans, il écrit des romans, dessine, crée des revues mensuelles et des jeux de cartes, donc qu’irait-il faire en classe scientifique ?

Nous avons donc fait en sorte qu’il puisse faire son stage d’observation de 3e dans une maison d’édition. Il pourra ainsi se faire une idée de cet univers et poser les questions ci-dessus…

Et vous, que pensez-vous de la Première S ? Dites-moi cela dans les commentaires !

Carole, du blog Adolescence Positive.

Crédit photographique : Lars Plöger

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