« Semeurs d’enthousiasme, Manifeste pour une écologie de l’enfance », André Stern

Semeurs d'enthousiasme, manifeste pour une écologie de l'enfance

Je vous présente aujourd’hui un manifeste qui se lit en à peine une heure. J’ai découvert André Stern à  travers le blog de Joanna, de Moodstep, qui l’a interviewé au sujet de son livre intitulé « …Et je ne suis jamais allé à  l’cole, Récit d’une enfance heureuse ».

Qui est André STERN ?

En effet, cet homme, fils d’un pédagogue allemand réputé, Arno Stern, n’a jamais été scolarisé, ni instruit par ses parents à  la maison. Il explique dans cette vidéo que ses parents ont fait ce choix, pour lui et sa soeur, car ils avaient confiance dans le fait qu’un enfant, de par ses prédispositions naturelles, se développe et apprend spontanément.

André Stern a grandi et est devenu musicien, compositeur, luthier (pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, je vous conseille la lecture de mon article « Le fabuleux petit monde du Luthier« , conférencier, journaliste et auteur.

Il n’est donc ni illettré, ni analphabète ni sans « emploi ». On peut même dire qu’il réussit. Il a l’air d’être un homme heureux.

Je trouve son parcours intéressant et je vous conseille d’écouter entièrement à l’occasion son témoignage, en cliquant ici.

Il semble avoir gardé ce dont il parle dans ce manifeste, dont je vais vous présenter les idées phares, à  savoir l’enthousiasme natif qui est notre bagage commun lorsque nous venons au monde.

Les idées force du manifeste

  1. Les croyances de l’Homme évoluent en fonction des évolutions de la Science. Aujourd’hui la neurobiologie, de par ses découvertes, nous invite à  remettre en cause un certain nombre de croyances sur l’éducation.
  1. Parmi elles, la croyance qui a longtemps prévalu, selon laquelle le cerveau est programmé génétiquement. Faux dit-il, le développement de notre cerveau tient à  l’utilisation que l’on en fait.
  1. Il n’y a développement du cerveau que s’il y a enthousiasme.
  1. L’enthousiasme est donc le facteur clé de réussite dans les apprentissages. Il est simple d’apprendre quand on est enthousiaste.
  1. L’enthousiasme est notre état naturel. Cela signifie que chaque enfant a un génie potentiel.  » …il y a, donc, un génie potentiel dans chacun de nous, qui attend que nous nous enthousiasmons pour quelque chose. Simplement, pour y parvenir, il nous faut, absolument, nous libérer des hiérarchies entre les métiers et entre les matières. »
  1. Le jeu est naturel et le moyen d’apprentissage le plus efficace.
  1. Laisser faire la nature, c’est laisser l’enfant s’enthousiasmer et jouer.
  1. Cela ne peut pas faire de lui un tyran car il ne l’est pas à état naturel.
  1. L’autonomie de l’enfant et sa capacité à  explorer le monde sont possibles grâce au lien de confiance et d’attachement à  ses parents.
  1. Extraire l’enfant du monde pour le préparer à  la vie est un non sens.
  1. L’enfant est équipé pour trouver sa place, son rôle, son sens.
  1. Il est sans préjugés. « L’enthousiasme de l’enfant pour le métier de l’éboueur ou du laveur de carreaux réensemence l’horizon de ce dernier de manière inoubliable. »
  1. La compétition empêche l’enfant de développer son potentiel et de faire ce pour quoi il est équipé.
  1. L’enfant naturellement apprend et se dépasse lui-même. Nul besoin de le reprendre avec insistance s’il se trompe.
  1. Les maitres mots sont confiance et liberté.
  1. Les dispositions naturelles de l’enfant sont d’apprendre, de grandir, de se développer, d’être enthousiaste, d’être curieux et de jouer.
  1. En la matière, il n’y a pas de privilèges, tous les êtres humains sont équipés pour ça.

Une écologie de l’enfance

André Stern prône une écologie de l’enfance, c.-à -d. qu’il nous suggère, dans ce manifeste, de remettre en cause nos croyances et notre modèle éducatif, et d’accueillir à  la place, les prédispositions naturelles de l’enfant, sans valorisation ni dévalorisation ou autrement dit, de laisser faire la nature.

Sa vision est basée sur son propre vécu et sur les recherches en neurobiologie auxquelles il est associé.

Ce qui donne du poids à  ce qu’il avance, c’est son vécu et ce qu’il est devenu.

Mon avis

Je pense effectivement que nous contrarions la nature, en imposant notamment à l’enfant un système que nous lui pensons adapté (enfin, de moins en moins, le système éducatif étant en crise depuis plusieurs années…)

Comment conserver la curiosité et l’enthousiasme naturels de nos enfants qui les porte effectivement naturellement à  poser des questions, à s’émerveiller, à  vouloir découvrir, expérimenter etc. quand on les oblige à  s’intéresser à  telle ou telle matière, à  telle heure ?

Quand on les oblige à  s’asseoir sur une chaise pendant des heures alors que l’enfant apprend naturellement aussi avec son corps et a besoin de bouger et d’expérimenter?

Dans le livre « La pédagogie positive » d’Audrey Akoun et Isabelle Pailleau, dont j’ai fait un résumé sous forme de mindmap (que vous trouverez ici si vous ne l’avez pas lu), il y a un extrait du livre de Peter Gumbel « On achève bien les écoliers », je cite: « l’idée que poser le cul sur une chaise à  des enfants ou adolescents pendant des heures et des heures chaque semaine les rend mieux formés est une connerie prodigieuse. »

Je ne l’aurais pas dit comme ça, mais je pense comme lui !  😉

Comment conserver curiosité et enthousiasme naturels quand l’évaluation mise en place biaise le rapport au savoir et fait que l’enfant ne travaille plus que pour la note et pas par intérêt ou soif d’apprendre ? Sans enthousiasme donc ! Et l’on se demande pourquoi beaucoup d’enfants (et de parents) ont des difficultés avec la scolarité ?

Comment conserver l’absence de préjugés des enfants quand on introduit une hiérarchie entre les matières, entre les filières, entre les types d’intelligence ? Si vous me lisez règulièrement, vous savez que je me bats contre cela.

Quand on introduit très tôt un esprit de compétition, qui consiste à  se comparer aux autres en permanence, plutôt que de coopérer ? Quand on regroupe les enfants par classe d’âge, les privant ainsi de l’entraide et du co-apprentissage spontanés qui se produit lorsqu’on mélange les âges ?

Quid de la créativité ?

Il a été prouvé par ailleurs que la fréquentation de l’école étouffe la créativité naturelle des enfants. En effet, à l’école, il n’y a toujours qu’une solution a un problème. Or il est rare dans la vraie vie, qu’il n’y ait qu’une solution a un problème !

A ce titre, je vous encourage à  écouter la conférence de Sir Ken Robinson « Le paradigme de l’éducation » que j’ai postée sur ma page Facebook, cliquez ici pour y accéder. La créativité ne peut avoir une grande place dans un système normalisé.

Quid de l’orientation ?

André Stern n’a, je pense, aucun diplôme. Mais il a des compétences. Qu’il a acquises en apprenant lui-même, l’envie (ou l’enthousiasme) ayant été le moteur de ses apprentissages. Il n’a jamais produit un CV, et pourtant il pratique des activités professionnelles qu’il aime. Il n’a pas eu de problème pour s’orienter, les choses sont venues encore une fois naturellement …Autrement dit, c’est parce que nos enfants manquent de liberté dès le plus jeune âge qu’ils ont tant de mal à  trouver leur voie.

Que faire ?

Savez-vous que l’école n’est pas obligatoire en France ? En revanche, l’instruction l’est. Aussi, l’enfant doit-il acquérir toutes les compétences du socle commun avant ses 16 ans, âge où l’instruction n’est plus obligatoire. Des contrôles sont effectués par des inspecteurs de l’Education Nationale. Donc même si la famille a le choix de la pédagogie, le choix de s’organiser comme elle l’entend, elle doit instruire son enfant déscolarisé conformément aux programmes des différents cycles.

Comme André Stern le dit dans la vidéo, il n’y avait pas de contrôles lorsqu’il était enfant.

Alors évidemment, tout cela étant dit, le choix de ne pas envoyer son enfant à l’école n’est pas possible pour tout le monde, loin s’en faut ! Seule une très petite minorité éduquée peut se le permettre et a les capacités d’offrir un environnement positif et facilitateur comme celui dont a bénéficié André Stern.

Il y a donc forcément inégalité, et l’école n’a de sens que si elle permet réellement à  tous les enfants, quelque soit leur milieu d’origine, de développer leur plein potentiel. Or aujourd’hui, l’égalité des chances, qui est le fondement même de notre école n’existe pas dans les faits. Différents rapports du HCE (Haut Conseil de l’Education)* ainsi que le dernier classement PISA de la France** montre que notre pays est la championne de la reproduction des inégalités sociales parmi les pays de l’OCDE et qu’elle obtient de mauvais résultats en termes d’acquisition des compétences de base (lire, écrire, compter).

Cela signifie qu’elle doit revoir sa copie et à  grande échelle généraliser cette approche respectueuse des lois naturelles de l’enfant, cette pédagogie là , et ce, dès la maternelle. Que celle-ci ne soit pas seulement le fait d’écoles alternatives, ou d’enseignants militants dans l’intimité de leur classe.

Elle pourrait aussi prendre appui en partie sur ce qui se fait en Finlande et qui a valu à  ce pays d’être 3ème au classement PISA en 2009 (il a été un peu rétrogradé depuis pour différentes raisons mais cela ne change en rien les bonnes pratique présentées dans un documentaire que j’ai partagé sur ma page FB (publication du 18/09/16), et que je vous conseille de regarder). Inspirant.

En attendant, nous sommes obligés de composer avec le système éducatif tel qu’il est aujourd’hui. Nous pouvons nous impliquer pour faire bouger les lignes, d’une façon ou d’une autre. Mais nous sommes pour la plupart contraints d’y envoyer nos enfants.

Alors autant essayer d’en tirer le meilleur parti ! C’est mon crédo sur ce blog !

En étant conscients le plus possible de ce qui se joue à  l’école, en étant des parents attentifs pour permettre à nos enfants de s’approprier leur scolarité et de cultiver au maximum leurs prédispositions naturelles.

* HCE, Bilan des résultats de l’Ecole- L’école primaire- 2007
** Classement PISA 2015. PISA signifie « Programme international de suivi des acquis des élèves », il évalue tous les 3 ans les systèmes d’éducation du monde entier en testant les compétences des élèves de 15 ans dans les matières principales.

Et vous, quelle est votre opinion ? Dîtes-le dans les commentaires ! 😉

1 comment / Add your comment below

  1. Lol, tu m’étonnes que tu l’aurais pas dit comme ça.
    Mais cet article est génial. L’école est un vrai problème et constitue plus un fardeau pour la majorité de nos enfants qu’autre chose. Alors que c’est tellement génial d’apprendre et de se cultiver au final. Et j’ai personnellement redécouvert les joies de l’histoire, de la géographie, des langues etc. à mon âge, avec ma méthode et en selectionnant mes profs. Et ça n’a strictement rien à voir quand ça vient de toi et avec des profs qui vibrent pour ce qu’ils enseignent.
    Moralité, vive les écoles montessori. Dommage qu’elles soient si rares.

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