REFORME DE L’ACCES A L’UNIVERSITE : LE POINT SUR CE QUI ATTEND VOS ENFANTS

Réforme de l'accès à l'Université
Crédit photo : thelester

Vous avez probablement entendu parler de la Réforme de l’accès à l’Université. A l’heure où j’écris ces lignes, le projet de loi s’apprête à être présenté au Conseil des Ministres (le 22/11/2017) après avoir reçu un avis négatif du HCE (Haut Conseil à l’Education) puis un avis favorable du CNESER (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche).

Le point sur ce qui va changer pour les lycéens et étudiants et ma lecture   sur ces différentes mesures.

Pour comprendre les raisons principales qui motivent cette réforme, je vous renvoie à mon article précédent : HARO SUR APB : L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT

QUELLES FILIERES SONT CONCERNEES PAR LA REFORME ?

La réforme ne concerne pas les filières dites sélectives (c’est-à-dire celles dans lesquelles une sélection s’opère sur dossier et qui peuvent refuser une candidature) : les CPGE  (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles ), les IUT (Instituts Universitaires de Technologie), les STS (Sections de Techniciens Supérieurs)…

Sont donc concernées par la réforme les filières non sélectives comme la Licence.

QUELLES SONT LES EVOLUTIONS MAJEURES ?

– Les changements dans la procédure nationale de pré-inscription :

Jusqu’ici, les futurs bacheliers utilisaient la plate-forme Admission Post-Bac (APB) pour se pré-inscrire dans  l’enseignement supérieur.

Une nouvelle plate-forme va voir le jour, dont on ne connaît pas encore le nom mais on sait que sur celle-ci,  les « caractéristiques » de chaque formation du supérieur seront mises à disposition des lycéens ainsi qu’un certain nombre d’informations utiles (nombre de places, nombre de candidatures l’an passé, taux de réussite par filière de bac etc.).

Les vœux* devraient être limités (moins de 10 vœux par élève) et non hiérarchisés par ordre de préférence (contre 24 vœux à hiérarchiser sur l’ancienne version).

Il n’y aura plus de tirage au sort sur les filières dites en tension** ni sur aucune filière.

Ma lecture

L’abandon du tirage au sort est positif car l’arbitraire donne un profond sentiment d’injustice.

Le fait que les jeunes puissent prendre connaissance des caractéristiques, autrement dit des attendus de chaque formation qui les intéresse potentiellement, devrait leur permettre de mieux se positionner. Toutefois, un effort particulier de pédagogie devra être fait pour que ces informations soient intelligibles par l’ensemble des jeunes.

La limitation des vœux et l’absence de hiérarchisation correspond à une volonté d’encourager les futurs étudiants à émettre des souhaits plus réfléchis et motivés. Ceci paraît pertinent mais cela veut dire qu’en amont, c’est-à-dire au lycée, ceux-ci doivent bénéficier d’un accompagnement renforcé dans la construction de leur projet d’orientation. Et pas seulement en Terminale, alors qu’ils passent l’épreuve majeure qu’est le BAC !

L’orientation nécessite un temps long. Certes, la Réforme prévoit des dispositifs en Terminale pour renforcer le travail sur l’orientation des jeunes et je salue cette intention mais je doute fort que cela soit suffisant ! (voir ci-dessous « Les changements au sein du lycée »).

– Les changements dans les conditions d’accès à l’Université :

Il n’ y aura plus d’inscription automatisée en licence mais il y aura examen, par l’Université, de chaque demande d’inscription, donc de chaque dossier.

Sera recherchée " la cohérence entre, d'une part, le projet de formation du candidat, les acquis de sa formation initiale ou ses compétences et, d’autre part, les caractéristiques de la formation." ***

Parmi les éléments du dossier, il y aura l’avis du conseil de classe de Terminale. En effet, dorénavant, le conseil de classe devra examiner l’ensemble des vœux demandés par l’élève et se prononcer dessus.

« Le conseil de classe du premier trimestre fera ainsi une première recommandation. Celui du deuxième trimestre donnera officiellement un avis sur ses choix d’orientation, qui sera transmis aux universités. » ***

Les deux réponses possibles aux candidatures en licence seront OUI ou OUI, SI. En effet, l’acceptation dans une formation pourra être conditionnée.

Celle-ci "peut être subordonnée à l’acceptation, par le candidat, du bénéfice des dispositifs d'accompagnement pédagogique ou du parcours de formation personnalisé proposés par l’établissement pour favoriser sa réussite."***

La volonté affichée du gouvernement est de proposer des parcours personnalisés afin de prendre en compte la diversité des étudiants :

"Dans l’objectif de réussite de tous les étudiants, des dispositifs d’accompagnement pédagogique et des parcours de formation personnalisés tenant compte de la diversité et des spécificités des publics étudiants accueillis peuvent être mis en place au cours du premier cycle par les établissements dispensant une formation d’enseignement supérieur." ***

Remise à niveau, année préparatoire ou de césure entre le lycée et l’Université, stages…tous ces parcours personnalisés visant la réussite de chaque étudiant feront l’objet d’un contrat de réussite et permettront au jeune d’avoir le statut étudiant et de valider des ECTS.

Pour les filières en tension :

Des places supplémentaires vont être créées mais si la demande est toujours plus forte que l’offre de places sur certaines filières, les établissements prioriseront en fonction du dossier de l’étudiant. Certains candidats seront « EN ATTENTE ». Le critère de priorité académique disparaissant pour les filières en tension, il est possible qu’un candidat se voit offrir une place dans une autre académie que la sienne. Ceci étant, pour chaque académie, il existe des quotas pour les bacheliers venant d’une autre académie (voir ci-dessous « Les quotas »)

Dans tous les cas, tout candidat en attente devrait se voir proposer une formation proche de ses vœux initiaux.

Les quotas : 

Ils sont fixés par l’autorité académique (nombre de boursiers, nombre de bacheliers venant d’une autre académie, nombre de places réservées pour les bacheliers pro et technologiques en STS et IUT ) ou par décret pour les « meilleurs bacheliers », dispositif qui permet aux meilleurs bacheliers d’accéder à la filière publique de leur choix. Ce dernier qui était jusqu’ici réservé aux filières sélectives et filières en tension est généralisé à l’ensemble des formations du supérieur.

Ma lecture 

Je pense que globalement, ces éléments vont plutôt dans le bon sens. La personnalisation et la diversification des parcours est essentielle et ne nuit pas à la démocratisation de l’enseignement supérieur. Au contraire, elle permet davantage son émergence là où principes égalitaristes et discours hypocrites la freinent. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui y voient une sélection déguisée (j’émets un bémol tout de même sur la mesure « meilleurs bacheliers », voire ci-dessous) même si dans les faits, des dérives seront toujours possibles ici ou là, ni avec ceux qui lisent dans cette Réforme une énième tentative de simplement gérer les flux.

Mais comme beaucoup d’acteurs de l’éducation, je m’interroge, au-delà de la pertinence de telle ou telle mesure, sur sa faisabilité. Car ces mesures nécessitent des moyens financiers et humains supplémentaires. L’Etat va y consacrer 1 milliard d’euros sur 5 ans, soit. Mais un bon nombre d’acteurs considère cela comme très insuffisant au regard des ambitions affichées. La plupart de ces acteurs sont inquiets également pour la rentrée 2018, tant le temps imparti pour mettre en place tous ces changements semble court.

Il y a les parcours de remise à niveau que les universités doivent construire sans savoir combien d’étudiants elles devront accueillir, ni si les moyens humains seront suffisants.

Et comment l’Université va t-elle pouvoir absorber la masse de dossiers qui va lui parvenir ?

Il n’est pas absurde d’imaginer que, pour gagner du temps, seules les candidatures pour lesquelles le conseil de classe de Terminale aura mentionné une réserve ou un avis défavorable pourraient se voir vraiment étudiés. Dans un tel scénario, les avis du conseil de classe de Terminale auraient donc un poids non négligeable.

Or, un avis éclairé nécessite une bonne connaissance des jeunes (au-delà de leur statut d’élève), un accompagnement à l’orientation digne de ce nom depuis l’entrée au lycée ainsi qu’une bonne connaissance par les équipes pédagogiques des caractéristiques des différentes formations du supérieur pour voir s’il y a adéquation entre le profil de l’élève et la formation dans laquelle il souhaite aller.

Je doute que toutes ces conditions soient réunies ! (voir ci-dessous)

D’autres questions me viennent à l’esprit : malgré l’intérêt que peut revêtir à première vue le dispositif « meilleurs bacheliers » pour la source de motivation qu’il peut constituer aux yeux de certains élèves, sa généralisation ne risque t-elle pas de favoriser une chasse aux « meilleurs bacheliers » entre universités ? La compétition dans le supérieur ne risque t-elle pas de devenir plus âpre ?

Et le « mérite », puisque c’est de cela qu’il s’agit ne se mesure pas seulement à l’aune des résultats au BAC ! Un bachelier ayant obtenu 10 de moyenne au BAC mais dont la progression a été constante tout au long de l’année, qui s’est beaucoup investi dans son travail, sans avoir pu bénéficier d’aide extérieure car venant d’un milieu social défavorisé n’est-il pas méritant ? Cette mesure, censée favoriser l’égalité des chances quel que soit le lycée dont on vient,  à cause de l’unique critère sur lequel elle se base, est injuste. Mais elle est le pendant d’un système qui globalement, d’un bout à l’autre de sa chaîne, reproduit les inégalités sociales et qu’il faudrait remettre à plat complètement…L’Université ne peut assumer à elle seule ce rôle alors qu’elle est en bout de chaîne !

– Les changements au sein du lycée :

2 professeurs principaux seront nommés en Terminale contre un aujourd’hui pour assurer un meilleur suivi des élèves concernant leur orientation.

2 semaines dédiées à l’orientation devront être organisées dans chaque lycée à destination des élèves de Terminale.

3000 étudiants ambassadeurs seront nommés pour informer les lycéens sur les parcours universitaires, le fonctionnement de l’Université etc.

Le gouvernement souhaite que les lycéens puissent profiter de l’outil gratuit monorientationenligne.fr, qui est disponible sur mobile. Il permet d’entrer en contact avec un conseiller d’orientation de l’ONISEP soit par mail, soit par téléphone, soit par chat.

Ma lecture 

Comme je le mentionnais plus haut, je ne trouve pas inutiles ces mesures mais je les trouve nettement insuffisantes. Dans la conférence de presse donnée par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur, le premier ministre et Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education Nationale le 30/10 dernier , j’ai noté que sur 2H de conférence, la mention des psychologues de l’Education Nationale (nouveau nom donné aux Conseillers d’Orientation Psychologues) n’a été faite qu’une fois pour dire qu’ils accompagneraient les équipes pédagogiques lors des conseils de classe qui vont donc devoir émettre des avis désormais sur tous les vœux de l’élève….Au même moment, on double les professeurs principaux en classe de Terminale…

Donc ceux dont l’orientation est le métier (même si ce n’est pas leur seule mission) semblent quasiment niés alors que ceux dont le métier est d’abord d’enseigner leur discipline se retrouvent en position d’accompagner les élèves dans leur orientation alors qu’ils ne sont pas formés pour cela. Bien entendu, l’orientation est l’affaire de tous et loin de moi l’idée de cloisonner, bien au contraire.

Mais à quoi sert ce corps de l’EN aujourd’hui dans le secondaire ? A simplement faire une information collective dans les classes sur les filières de formation post-bac ? A recevoir quelques élèves parce qu’il lui est impossible étant donné le nombre d’élèves dont il a la charge (entre 1500 et 2000) de recevoir tous ceux qui ont besoin d’être accompagnés et encore moins d’envisager de faire un suivi de l’élève sur plusieurs séances ?

Les mesures annoncées concernent les élèves de Terminale. Or, l’orientation est un processus s’inscrivant dans le temps et ce n’est pas en Terminale qu’il faut faire de l’orientation renforcée.

Cela interroge la place qu’a réellement l’orientation dans notre système éducatif et la façon de la concevoir. Depuis des années, on affiche de beaux principes qu’on inscrit dans les textes législatifs mais dans les faits, le système dysfonctionne. Et toute la société en pâtit. L’éducation à l’orientation devrait être une priorité de l’Education Nationale. Car, comme l’écrit Francis Danvers, « S’orienter dans l’existence est le propre de l’homme. » ***

– Les finances

La Réforme prévoit quelques mesures de nature à améliorer la qualité de vie des étudiants. Ces mesures sont à saluer tant il est vrai que les finances sont le nerf de la guerre…Vous trouverez ici la liste de ces mesures.

CONCLUSION

Voici résumés les points clés de la Réforme de l’accès à l’Université. Je vous informerai dans les semaines à venir de tout changement qui pourrait s’opérer suite au processus démocratique en cours.

Un autre grand chantier a démarré désormais, qui concerne le lycée avec notamment, la Réforme annoncée du baccalauréat. Je suis bien-sûr cette épopée avec attention et vous en parlerai le moment venu.

Vous avez des questions, des remarques ? Laissez un commentaire !:-)

Notes:

* Un vœu correspond à une formation dans un établissement.

** une filière en tension est une filière où la demande est plus importante que l’offre (autrement dit, dans laquelle il y a plus d’étudiants qui veulent s’y inscrire que de places).

*** Extraits du texte de l'avant projet de loi (source : http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/entree-a-l-universite-le-projet-de-loi-relatif-a-l-orientation-et-a-la-reussite-des-etudiants-acte-la-reforme.html )

**** Extrait du livre " S'orienter dans la vie : la sérendipité au travail ? Dictionnaire des sciences humaines et sociales - Tome 2 ". Francis Danvers est enseignant chercheur à l'Université Charles de Gaulle Lille 3 ; il a été durant 12 ans conseiller d'orientation psychologue, a été maître de conférence en psychologie de l'éducation et est l'auteur de nombreux ouvrages.

1 comment / Add your comment below

Laisser un commentaire

Soyez prévenu(e) dès que je publie un nouveau contenu et recevez gratuitement mon guide Cliquez ici
Hello. Add your message here.