Orientation : lenteur rime t-elle avec bonheur ?

Le métronome, symbole du temps et du rythme

Crédit photo : Swooshed

“ Tout ce qui est exquis mûrit lentement.”

Arthur Schopenhauer 

Lenteur rime t-elle avec bonheur ? C’est le sujet du  carnaval d’articles interblogueurs proposé par la pétillante Violaine du blog 365-jeux-en-famille.com et auquel j’ai consenti à me prêter…Bien-sûr je vais traiter ce sujet sous l’angle qui est le mien, à savoir l’ORIENTATION.

Bonheur et orientation

Pour commencer, quel est le lien entre bonheur et orientation ? Pour ma part, je souscris à la thèse selon laquelle orientation et recherche du bonheur sont intimement liées, du moins aujourd’hui et dans la société dans laquelle nous vivons.

Roger Gal, dans son livre « L’orientation scolaire » (1946) disait :

« On peut dire que l’Orientation c’est le problème du bonheur, du bonheur à l’école d’abord, ou, si l’on veut, de la joie de réaliser ses potentialités, cette joie qui n’exclut pas l’effort ni la peine, mais qui la surmonte et la transfigure. (…) Il s’agit d’exploiter toutes les virtualités de l’être, de n’en laisser aucune sans emploi et de faire croître la plante humaine dans les conditions les meilleures. C’est le problème de la plénitude, du bonheur de la jeunesse que trop souvent nos méthodes uniformes et abstraites ennuient et dégoûtent à tout jamais de toute culture, et c’est celui du bonheur, de la plénitude de toute la vie. (…) »

L’orientation se décline aujourd’hui à travers ces questionnements :

« Que faire de ma vie ? », « Qu’est-ce qui peut me rendre heureux ? ». C’est la question du bonheur de l’individu, à travers une activité professionnelle mais pas uniquement bien entendu.

Individu et collectif

Il s’agit toutefois du bonheur de l’individu au sein d’une société. L’orientation est donc à la fois une question personnelle et sociale.

Francis Danvers, dans son livre « S’orienter dans la vie : la sérendipité au travail »** dit que « S’orienter dans l’existence, c’est articuler un « souci de soi » avec « le souci du monde » ».

C’est un chemin dont le sens est de réaliser son potentiel, de trouver sa place dans le monde, de trouver un sens à son existence. L’orientation est donc aussi une question existentielle, dont le bonheur individuel et collectif est le Graal.

Lenteur et orientation

L’orientation scolaire

Parfois l’orientation dans sa dimension scolaire est vécue comme un parcours du combattant, une course d’obstacles, une réalité qui n’a rien à voir avec la lenteur n’est-ce-pas ?

C’est que le système scolaire nous impose un calendrier en la matière. De deux choses l’une : soit les échéances ont été préparées, anticipées et tout se passe bien à l’heure du choix, soit on a laissé « courir » et là c’est la débandade, la couse à l’échalote, le sprint, il faut vite vite s’informer, réfléchir, faire des choix etc.

L’institution scande le temps et nous oblige à nous positionner, quand bien même ce ne serait pas le bon moment pour nous, il en est ainsi, il faut faire avec. Celui qui anticipe ne subit pas ou moins. C’est pourquoi, compte-tenu de cette réalité, je dis aux parents et aux jeunes qu’il faut ANTICIPER, sans se mettre pour autant de pression.

Anticiper justement, c’est se donner les moyens de construire son orientation dans la lenteur. Ou du moins, à son rythme.

Une lenteur nécessaire car l’orientation est un PROCESSUS. Et comme tout processus, elle demande du temps, de la maturation, de la patience.

La découverte de soi, de ses aspirations, de ses désirs, l’exploration de son environnement, l’expérience comme fondement de l’identité, tout cela prend du temps.

L’orientation dans le temps

Je vais aller plus loin. Toute l’expérience acquise dès la naissance concourt à notre orientation. L’orientation fait partie de l’éducation, entendue comme  processus de développement de la personne. En ce sens, elle commence dès le berceau et ne se finit …jamais ! Euh…si à la mort….  L’orientation est un processus continu, on parle bien maintenant d’orientation tout au long de la vie non ?

L’orientation nécessite également de développer des habiletés, nécessite des apprentissages continus. Si l’on perçoit l’orientation sous cet angle, la lenteur est de ce fait inhérente à l’orientation. Inhérente et absolument nécessaire.

L’orientation ne se résume donc pas à l’orientation scolaire. Celle-ci n’est qu’un aspect de ce qui constitue le processus d’orientation de la personne qui au travers des âges qu’elle vit, cherche à se developper et à prendre sa place dans le monde.

Elle est sans arrêt renouvelée parce que l’être humain que nous sommes évolue, nos besoins, désirs, aspirations changent et notre environnement change également. Et ces mutations de la société sont de plus en plus rapides, nous obligeant à nous adapter continuellement.

Notre rapport au temps

L’observation de la nature est en ce sens bénéfique, ceux qui travaillent la terre le savent bien. Elle enseigne la patience, les met dans un rapport au temps différent de nous autres qui ne supportons plus le bas débit sur Internet, moi la première ! Bien-sûr, on peut accélérer les processus naturels artificiellement mais si on laisse faire la nature et qu’on l’observe, on y voit de la lenteur. OU du moins ce que nous pouvons considérer comme de la lenteur par rapport à nos modes de vie d’aujourd’hui.

Dans notre société, la rapidité est souvent la norme. On ne laisse plus « faire le temps », on ne prend plus le temps, tout doit aller vite, on doit être rapide, réactif, productif, efficace etc. Nous sommes dans une culture de l’immédiateté, de l’urgence, dans laquelle la lenteur n’a pas bonne presse. Des initiatives depuis quelques années essaient bien de nous proposer de renouer avec la lenteur puisqu’il existe désormais une Journée internationale de la lenteur, on parle de slow food, de slow ou de tortue attitude….

Trouver sa voie, sa place, la renouveler, c’est prendre le temps de réfléchir, de développer des habiletés. C’est prendre le temps de se promener dans la vie, d’observer, d’écouter, de découvrir son territoire, de planter des balises, d’expérimenter, de se tromper, de recommencer, de tâtonner, d’évoluer…

En brûlant les étapes, on prend des risques, l’excès de vitesse peut coûter cher.

S’arrêter, se poser, se rendre disponible, permet de prendre du recul et de la hauteur. Evacuer la lenteur, l’ennui, le calme, c’est priver l’être humain d ‘un besoin fondamental qui concourt à son développement. Par exemple, on sait bien aujourd’hui qu’il est préférable de ne pas « blinder » les enfants d’activités extra scolaires et de ne pas remplir leur temps, il faut les laisser s’ennuyer car là est l’engrais à partir duquel ils développent leur imagination, leur créativité.

Peut-être remplit-on nos vies pour ne pas penser à la vacuité de notre existence, à la mort, à l’absence de sens de notre existence ? Alors pourquoi ne pas le reconnaitre et chercher à changer de vie si la nôtre ne répond pas à la quête de sens que nous avons, si elle ne nous permet pas de nous sentir à notre place et alignés avec nos valeurs ?

Lenteur rime t-elle avec bonheur en orientation ?

Orientation et quête du bonheur sont liées. L’orientation est en outre un processus éducatif dans lequel le rapport au temps est fondamental. Dans lequel le temps est une ressource. Dans lequel le « petit à petit », le « pas à pas » est essentiel. On ne peut pas forcer un enfant à marcher à 2 mois…Et chaque enfant apprend à marcher à son rythme. Le temps n’est pas le même pour chacun. Par conséquent, lenteur peut rimer avec bonheur dans la construction de notre projet de vie.

Mais plus que la notion de lenteur, c’est la notion de rythme que je retiens.

Chacun son rythme, que l’on doit respecter en matière d’orientation. Certains enfants savent très tôt ce qu’ils veulent faire ou devenir, d’autres non. C’est à nous parents de les accompagner sans leur imposer notre vision et notre rapport au temps. Et si on construisait une orientation écologique pour nos enfants ? Respectueuse de ses rythmes naturels et particuliers ?

L’une des choses que l’on peut faire pour cela me semble t-il, c’est de revenir autant que possible dans le présent, et d’arrêter d’angoisser pour ce qui va se passer demain.

Considérons la vie comme une partition. Chacun a la sienne à jouer et peut choisir de la jouer à son rythme, ADAGIO, ANDANTE ou ALLEGRO, selon les moments.

VIVONS A LA BONNE HEURE EN FAMILLE ! 😉

*Roger GAL, L’orientation scolaire, Editions PUF, 1946

** Francis DANVERS, S’orienter dans la vie, la sérendipité au travail, Editions Septentrion, 2012

 

Et vous, êtes-vous pour une fast orientation ou une slow orientation ? 😉

5 réflexions sur “Orientation : lenteur rime t-elle avec bonheur ?

  1. Bonjour,
    Pour les forums, en fait, je parlais de forums de discussion sur internet 🙂 (comme Doctissimo, partie « scolarité »). Je m’intéresse beaucoup à tout ce qui est en rapport avec l’éducation, la scolarité (entre autres…) et les problèmes d’orientation des jeunes arrivent souvent dans les discussions. Oui, je comprends que tu t’adresses d’abord aux parents (c’est vrai que mon commentaire n’était pas clair 😉 ) même si comme tu le dis, je suis sûre que ça peut les intéresser aussi. D’ailleurs, j’ai remarqué que dans les problèmes que les jeunes rapportent, il y a souvent de gros désaccords avec leurs parents. Pas simple tout ça!
    Par contre, le lien que tu as mis dans ton commentaire ne marche pas :-(.

    • Bonjour Emeline, merci pour ces précisions, j’y vois plus clair ! Pas étonnant pour moi qu’il y ait des désaccords sur ce sujet…de plus, l’adolescence est une période durant laquelle il y a souvent des désaccords, des différences de perception, des malentendus entre parents et ados…mon blog est justement fait pour permettre aux parents de prendre du recul, de la distance, mon souhait est de leur donner de l’information et matière à réflexion, de façon à ce qu’ils appréhendent plus facilement l’orientation de leurs enfants.Dédramatiser tu vois…Je ne sais pas pourquoi le lien ne fonctionne pas pour toi, moi ça fonctionne, sinon tu peux toujours aller voir directement sur le blog Habitudes Zen et faire une recherche via le titre ! Belle journée à toi !

  2. Intéressant tout ça! Il faut toujours aller tellement vite qu’on en oublie que chaque enfant a son rythme! Et pour l’orientation scolaire, c’est vrai que certains savent tout de suite ce qu’ils veulent alors pour d’autres, c’est plus compliqué… sachant qu’ils sont pressés par le temps. Et ça génère de grosses angoisses. Je vois très souvent sur des forums, surtout en ce moment, des jeunes lycéens qui sont très inquiets par leur orientation scolaire (Je pourrais d’ailleurs leur conseiller ton blog 🙂 ). Je remarque aussi qu’actuellement, de plus en plus de personnes cherchent à se reconvertir professionnellement. Je ne pense pas que ce soit uniquement lié au fait que l’orientation scolaire soit choisie trop vite, mais il y a peut-être un peu de ça parfois…

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