LES CONSEILLERS D’ORIENTATION DE L’EDUCATION NATIONALE, CES MAL AIMES…

Il est un mal français qui perdure au sein de l’EN (Education Nationale) : l’ORIENTATION. Rapports après rapports du Haut Conseil à l’Education ou d’autres instances, le constat est sans appel. Le service public de l’orientation au sein de l’EN génère de l’insatisfaction, malgré les réformes régulières dont il fait l’objet. C’est un mal endémique tout comme celui du chômage. Un lien entre les deux d’ailleurs n’est pas exclu !

De ce fait, le secteur privé prend le relais avec un développement exponentiel de l’offre de conseil ou coaching en orientation depuis plusieurs années. Et j’en suis d’ailleurs.

Souvent, et il ressemble en cela au Service public de l’emploi (Pôle Emploi), on juge les conseillers d’orientation de l’EN incompétents. Pour info, ces derniers s’appellent depuis 2017 « Psychologues de l’Education Nationale », anciennement « Conseillers d’Orientation Psychologues » et ce changement de nom, bien que paraissant insignifiant à première vue n’est pas anecdotique car il va de pair avec un changement dans la nature de leurs missions. 

Ceux-ci souffrent d’une mauvaise image, tout comme les conseillers Pôle Emploi. Est-ce juste ? Est-ce objectif ?

LA GENERALISATION

Commençons par poser quelques questions simples. Dans toutes les entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, n’y a t-il pas des gens « compétents », investis et d’autres qui le sont moins pour différentes raisons que je ne détaillerai pas ici (problème d’orientation, de recrutement, de formation etc.) ?

Aussi, la généralisation n’est-elle pas toujours abusive ? Je pense que oui.

LA NOTION DE COMPETENCE : LA VISION DE L’ENTREPRISE

Interrogeons-nous maintenant sur cette notion de compétence. A quoi renvoie t-elle au juste ? Comment fait-on pour juger de la compétence de telle ou telle personne ? 

Va t-on la définir à partir des mêmes critères selon que l’on est un usager, un professionnel du système, un décideur ou non, un parent ou un jeune etc. ? 

Au sein d’une entreprise, la compétence, qu’elle soit technique ou relationnelle peut être évaluée d’après une grille de critères définie par l’organisation. C’est l’un des champs de la gestion des ressources humaines. Celle-ci reste toutefois contestable dans la mesure où une organisation,  même si elle objective au maximum ses process d’évaluation n’est jamais rationnelle à 100% car portée par des hommes et femmes et non des robots ! Cela n’est pas une science exacte.

LA NOTION DE COMPETENCE : LA VISION DE L’USAGER

Alors que dire de l’avis rendu par les usagers ? Est-il possible en la matière qu’ils soient objectifs ? En ont-ils seulement les moyens ? En effet, ils ne possèdent pas tous les tenants et les aboutissants pour le faire. Qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie que les coulisses de l’organisation du système ne leur sont à priori pas accessibles d’emblée. Et par le fait, ils ne peuvent donc porter un jugement objectivé sur la compétence du conseiller en orientation ou emploi. Car la compétence du conseiller se déploie dans un cadre dont il n’a pas la maitrise, que ce soit sur le plan législatif, organisationnel…A titre d’exemple, combien d’usagers sont conscients des ressources humaines et financières allouées au service public de l’orientation et de l’emploi ? Pourtant, il n’est pas faux de dire que cette donnée exerce une influence sur la capacité du conseiller à satisfaire l’usager, non ? 

Bien que motivés, bien qu’étant à leur place, certains conseillers subissent ou un manque de moyens pour exercer correctement leurs missions ou des process à suivre inadaptés, une organisation du travail défaillante ou encore un manque de clarté de la part de l’institution dans ses attentes à leur égard. Ou tout cela à la fois…et la liste n’est pas exhaustive.

ILLUSTRATION

Par exemple, sait-on que les psychologues de l’Education Nationale ont d’autres missions que l’orientation stricto sensu des élèves auxquelles leur titre de psychologue les destine ? Sait-on de combien d’élèves est constitué leur portefeuille (c’est-à-dire combien d’élèves ils sont censés « accompagner ») ? 1500 en moyenne ! C’est bien plus que la moyenne d’autres pays européens…Cela ne permet pas un accompagnement de tous les élèves, ni un accompagnement pertinent, cela va sans dire. Ils se voient donc obligés de prioriser sur les élèves les plus en difficulté. 

Même constat chez Pôle Emploi et ayant été moi-même conseillère à l’emploi, je peux en témoigner. Quand vous avez 250 demandeurs d’emploi à suivre en portefeuille (et dans certaines agences du 93 par exemple, c’est beaucoup plus), vous ne pouvez pas accompagner chacun selon ses besoins. Mais au moins, au sein de Pôle Emploi, les équipes ont une alternative, celle de faire appel à des prestataires privés pour accompagner une partie de leur portefeuille. Cette option a ses limites mais au moins elle existe. Or, dans l’Education Nationale, et à défaut de créations de postes supplémentaires, on ne fait pas appel à des prestataires privés en matière d’orientation. Le système éducatif reste peu ouvert sur l’extérieur. Il préfère redistribuer cette mission en partie aux professeurs principaux, ce qui pose des problèmes que j’ai déjà mentionnés dans l’article sur la Réforme de l’Université.

Sait-on ce que l’institution attend d’eux et ce qu’ils peuvent mettre en oeuvre au regard de l’organisation et des moyens dont ils disposent ? Ce que l’institution attend d’eux est-elle en adéquation avec ce qu’en attendent les usagers ? Rien n’est moins sûr…

ET SI ON ESSAYAIT L’OBJECTIVITE ?

Alors oui, il est vrai que les demandeurs d’emploi reçoivent parfois des offres d’emploi aux antipodes de ce qu’ils recherchent. Il est vrai que beaucoup d’élèves n’ont pas la chance de voir un psychologue de l’EN au sujet de leur orientation ou une seule fois alors qu’il leur faudrait plusieurs séances.

Il est aussi vrai que tous les conseillers ne se valent pas en matière d’accueil, de pédagogie, de conseils etc. Il est encore vrai que des problèmes de recrutement et de formation existent dans ces institutions mais elles ne sont pas du fait des conseillers.

Mais il est probable que la plupart font leur maximum au sein d’un système bureaucratique qui les malmène plus ou moins. Ce maximum peut devenir, avec le temps et une mauvaise gestion des ressources humaines en sus, un minimum.

Ce qu’il est juste et objectif de dire lorsque l’on est un usager, c’est que tel ou tel conseiller ou le service public de l’orientation n’a pas répondu à nos attentes. Mais jeter le haro sur les conseillers, les juger n’est pas toujours justifié ni constructif.

Si nous nous en tenions collectivement plus souvent aux faits et arrêtions de juger les personnes à l’emporte-pièces, nous serions certainement gagnants. Et ce, dans bien des situations. En somme, critiquer de façon constructive et argumentée le système, oui. Dire des personnes qui y travaillent qu’ils ne servent à rien ou sont incompétents à fortiori en généralisant comme on l’entend régulièrement ou comme on le voit écrit sur les réseaux sociaux (et encore ce n’est pas le pire), non.

ET SI ON SE PRENAIT PLUS EN CHARGE COLLECTIVEMENT ?

Enfin, peut-être devrions-nous interroger nos attentes vis à vis des institutions. Sont-elles toujours légitimes ? Ne sommes nous pas trop attentistes parfois ?

Heureusement, ces psychologues de l’EN savent aussi garder leur humour comme en témoigne cette vidéo.

Vous aurez compris que pour moi, professionnelle de l’orientation et de l’insertion dans le secteur privé, aucun esprit de chapelle ni aucun esprit de compétition mettant dos à dos le public et le privé n’ont de sens. L’essentiel est ailleurs, dans notre volonté de faire progresser ensemble la cause de l’orientation dans notre pays. Certains conseillers ou coachs du privé sont probablement peu scrupuleux mais beaucoup ont également à coeur de bien faire, et pallient aux failles du système actuel, au bonheur des jeunes et de leurs parents.

Laisser un commentaire