Instruction en famille ou à l’école : l’orientation, pour quoi, comment ?

l'orientation, pour quoi, comment
Crédit photo : avi_acl

Quelle que soit soit votre situation, que vous pratiquiez l’IEF (instruction en famille) ou non avec vos enfants, réfléchir à ce qu’est l’orientation (la question du quoi et du pour quoi) et à la façon dont on peut s’orienter (la question du comment) est de mon point de vue essentiel. Je vous propose donc, au travers de cet article, de nourrir votre réflexion sur ces points, de penser pour pouvoir agir. Cet article renvoie à d’autres articles que j’ai écrits afin de vous permettre, si vous le désirez, d’approfondir tel ou tel point.

CE QU’EST L’ORIENTATION

Je reprendrai la définition de Blandine Yvert * : « S’orienter, c’est bien plus que se faire une situation : c’est chercher et trouver sa place dans ce monde ». Cette place, qui donne un sens à l’existence, on la trouve en prenant en compte deux choses : soi (qui l’on est et qui l’on veut devenir) et le collectif dans lequel on est (entendu au sens large du terme, la société dans laquelle on vit, le monde).

Précisons cependant que trouver sa place ou sa propre voie ne signifie en rien qu’il y aurait une permanence des choses, ou autrement dit qu’une fois qu’on a trouvé sa place, ça y est, on y reste et on y est tranquille pour toute sa vie ! C’est l’impermanence qui caractérise la vie, qui nous caractérise, n’est-ce-pas ? Nous somme des êtres évolutifs, nous évoluons, notre environnement évolue (aujourd’hui plus rapidement qu’hier d’ailleurs), aussi faut-il toujours nous adapter, nous repositionner, nous réinventer. Un chemin qui nous convenait hier peut ne plus nous convenir aujourd’hui parce que nous avons évolué dans nos besoins par exemple. OU le chemin sur lequel nous étions peut être fermé pour travaux ( pour imager les évolutions de notre environnement) et nous devons en chercher un autre. Il en est ainsi. Si vos enfants en ont conscience, ils ont déjà une longueur d’avance.

QUELLE EN EST LA VISEE ? L’ORIENTATION, POUR QUOI ?

Je dirais…le bonheur individuel et collectif ! Aussi je vous suggère une piste qui est de trouver des occasions pour philosopher avec vos enfants, bien avant qu’ils n’aient 17 ans ! Car la question de l’orientation est une question philosophique ! Elle est en effet intimement liée aux questions du bonheur, du sens de l’existence, de la liberté ou encore du travail. Et ces questions sont de grandes questions philosophiques.

L’orientation, vue seulement dans ses dimensions scolaire et professionnelle est réductrice ! S’orienter, ce n’est pas d’abord trouver un métier et la voie de formation à emprunter pour s’y former. C’est apprendre à développer une conscience de soi et du monde qui permette l’émergence d’un projet de vie qui ait du sens. Les adolescents ont des questionnements existentiels. Sachez saisir toutes les perches qu’ils vous tendent pour nourrir leur réflexion sur la vie, pour développer chez eux une conscience plus aiguë d’eux-mêmes et du monde.

Ces considérations valent pour tous les enfants/adolescents, qu’ils soient scolarisés ou non.

COMMENT S’ORIENTER ET TROUVER SA PLACE ?

Je vous ai déjà donné une première réponse avec la réflexion philosophique. Surtout, dédramatisez la philosophie, nous en faisons tous sans le savoir et vous n’êtes pas obligés d’avoir tout lu Kant ou Sartre pour pouvoir nourrir la réflexion de vos enfants sur ces thèmes !

Mis à part cela, qu’est-ce que vous pouvez faire, en tant que parents pour les accompagner ? Faire en sorte, au travers de l’éducation et de l’instruction que vous lui apportez (si vous pratiquez l’IEF) de lui permettre de développer les 5 compétences clés pour bien s’orienter. Lui fournir ce que l’on appelle une éducation à l’orientation.

Quel est le but de cette éducation et en quoi consiste t-elle ?

Elle a pour objectif de permettre aux jeunes de développer certaines compétences et connaissances de nature à leur permettre de s’auto-orienter tout au long de leur vie, qui sera jalonnée, notamment compte-tenu de mutations économiques et technologiques rapides, de ruptures et de repositionnements nécessaires.

Cette éducation vise le développement de compétences mais aussi, à un moment donné, le développement de représentations professionnelles claires et objectives sur l’environnement économique et les métiers. Il est vrai que j’ai constaté souvent un gap entre la réalité d’un métier à un moment donné de son histoire et les représentations que les personnes pouvaient s’en faire, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Il y a souvent des distorsions importantes. C’est pour cela qu’il est essentiel de chercher à bien connaître les métiers, et qui plus est dans leurs perpectives d’évolution.

Les jeunes scolarisés ont une éducation à l’orientation, qui fait partie des programmes dès la 6ème. Cela n’empêche en rien les parents de les accompagner à ce niveau. L’orientation est l’affaire de tous.

En effet, de la sixième à la Terminale, il existe un parcours éducatif dénommé Parcours Avenir et dont je vous conseille de prendre connaissance, et qui est censé répondre à l’exigence d’éducation à l’orientation des jeunes préconisée depuis quelques années par la commission Européenne.

Dans le socle commun de compétences et de connaissances que votre enfant doit acquérir avant la fin de la période de l’instruction obligatoire, il est question de développer l’autonomie et l’initiative (voir BO n°3 du 19 janvier 2012, point 7), qui sont des capacités importantes, qui s’acquièrent à l’école de la vie et qui peuvent être favorisées ou non par l’éducation que vous leur donnez. Il me semble que les enfants IEF connaissent un environnement fort propice au développement de ces capacités là non ?

Résumons ce vers quoi vous pouvez l’accompagner, que votre enfant soit scolarisé ou non :

  • favoriser la réflexivité ou la conscience de soi : elle passe par le développement de la capacité de votre enfant à cerner ses talents, ses besoins et valeurs, ses compétences, ses passions et centres d’intérêt, ses qualités et défauts mais aussi par la conscience de ses sensations, des pensées et des émotions qui le traversent. On ne peut pas être libre ou faire un choix éclairé et pertinent pour soi lorsque l’on est à côté de soi-même. Cette réflexivité est nourrie par l’expérience et la confrontation aux autres, au monde. C’est de cette façon que l’on apprend à se connaître, en observant ses réactions quand on est en relation et au coeur de nos expériences. Vous pouvez aider votre enfant aussi à se révéler à lui-même par un questionnement approprié.
  • Favoriser la conscience collective : par l’ouverture au monde, la multiplication des expériences, (voyages, volontariat, bénévolat, activités, ouverture au monde socio-économique…), la réflexion sur l’interdépendance des êtres vivants mais toujours par l’expérience car elle est le meilleur enseignant !
  • Favoriser sa capacité à entrer en relation, au travers d’un vrai apprentissage de la communication et l’acquisition des compétences linguistiques (français et lanques étrangères)
  • Favoriser sa capacité à apprendre par lui-même, notamment en ayant appris à apprendre (comment moi j’apprends, comment je fonctionne)
  • Favoriser l’acquisition d’une méthodologie de projet, et la capacité à vivre le présent en pleine conscience tout en se projetant dans l’ avenir
  • Favoriser la confiance en lui et en l’avenir via le renforcement positif (sur ses ressources), l’échec ou l’erreur vu comme source d’apprentissage…
  • Favoriser l’acquisition de compétences numériques
  • Approfondir votre connaissance des différentes phases du développement de l’enfant et de l’adolescent en prenant appui sur les découvertes des neurosciences **
  • Soigner la relation entre vous et lui/elle : éviter certains pièges, être à la bonne distance
  • Prendre en compte le facteur temps. Le temps comme allié dans le processus d’orientation. Cela demande une bonne dose de confiance !

Conclusion 

L’orientation est un processus qui s’inscrit dans le temps, qui demande de la maturation. Elle se fait grâce à l’acquisition d’habiletés développées ou non en fonction de l’environnement éducationnel dans lequel chaque enfant évolue, et ce depuis son plus jeune âge et non simplement à partir de la 6ème ou de l’adolescence.

Autrement dit, tout ce que vit votre enfant depuis qu’il est né concourt à son orientation qui n’est pas entendue seulement dans sa version scolaire et professionnelle. Elle est plutôt un processus de construction de la personne qui, grâce à l’expérience, est amené à devenir une personne tout à fait unique. Celle-ci, pour s’orienter au niveau professionnel et définir un projet de vie et qui elle veut devenir, doit développer une conscience de soi et du monde qui l’entoure. C’est tout l’objet de cette éducation à l’orientation qui se fait naturellement, au travers de ses expériences, à l’école de la vie.

Finalement, pour tous les enfants, qu’ils soient en IEF ou pas, l’objectif est le même. Ce qui est différent, c’est l’environnement pour se construire et construire son futur. Le regard bienveillant d’un parent qui s’emploie à garder une juste distance, qui valorise les progrès accomplis, qui valorise son enfant, lui donne le droit à l’erreur, lui apprend à être acteur de ses apprentissages est précieux dans la poursuite de sa trajectoire de vie.

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Références :

*Blandine Yvert, Orientation- Mode d’emploi, 2014, Ed. Quasar

** Sur les mutations de l’adolescence, plusieurs ressources :

  • Pourquoi les ados sont-ils si mous ? :  https://youtu.be/Nayz46CPw64
  • « Cerveau en construction. Pourquoi les ados ne raisonnent pas comme nous », Sheryl Feinstein, Editions Fabert, 2010
  • C’est pas sorcier – Adolescence : vive la crise ! : https://youtu.be/N5XjWxC6Ot4

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