Romain et son projet professionnel

Un projet professionnel hasardeux

Je vais vous raconter une anecdote vécue il y a quelques mois alors que j’étais en poste. J’étais développeur de l’apprentissage dans un Centre de Formation d’Apprentis spécialisé dans les métiers du BTP.

Projet professionnel: peintre en bâtiment

Je reçois Romain, 18 ans, qui me dit vouloir préparer un CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle) de Peintre Applicateur de Revêtements.

Je l’interroge alors sur ses motivations. Il a découvert la peinture en travaillant plusieurs semaines pour une entreprise de services à la personne (le patron est une relation familiale) possédant un service bricolage et proposant des prestations de rénovation, d’aménagement et de décoration d’intérieur. Il a donc une approche concrète du métier et me dit que ça lui plaît. De surcroît, cette entreprise souhaite l’embaucher en tant qu’apprenti pour préparer son CAP. Jusque-là, tout va bien.

Je constate qu’il a déjà démarré un CAP cuisine arrêté au bout d’un an, qu’ il a avec lui une lettre de motivation pour un poste de vendeur et je ressens chez lui une espèce de mal être. Alors, j’approfondis mon questionnement sur son projet professionnel. Il finit par me « lâcher » qu’en fait il veut devenir éducateur canin. OK. Alors pourquoi s’engager dans un apprentissage de 2 ans en peinture ?

Projet professionnel: finalement, éducateur canin…

« Parce qu’on m’a dit que la formation pour être éducateur canin était payante et donc je vais mettre des sous de côté pour pouvoir me la payer après ». En tant qu’apprenti du BTP ayant entre 18 et 21ans, il percevra effectivement un salaire équivalant à 50% du SMIC la première année et 60% la seconde. Il vit encore avec sa maman, il aura donc à priori la possibilité d’économiser. Pourquoi pas, c’est une stratégie comme une autre.

Pourquoi néanmoins ne cherche-t-il pas un petit boulot ne nécessitant pas de qualification particulière plutôt que d’en passer par une formation diplômante, où il aura à suivre des cours, lui qui n’est pas très scolaire ??

« Ah non merci, je n’ai pas envie de bosser chez Mac Do ou de livrer des pizzas… ». Soit, la peinture, ça lui plaît davantage et il a déjà un poste assuré pour 2 ans. Mais il va falloir tenir 2 ans tout de même !

Il a des motivations (argent, patron sympa qui est au courant de son souhait, donc pas de souci, c’est transparent) mais pas le projet professionnel de devenir peintre et d’évoluer dans ce secteur d’activité. Un décrochage en cours de formation est donc possible. Je m’emploie à le rendre conscient de ce à quoi il s’engage.

Les errements de l’orientation

Au-delà de ça, je constate plusieurs erreurs dont je lui fais part :

1ère erreur : on lui a dit que la formation d’éducateur canin était payante (on, c’est son patron), il n’est pas allé vérifier l’information par lui-même (en croisant plusieurs sources : Internet, centres de formation, professionnels, CIO etc.)

2ème erreur (la plus ennuyeuse) : quand je lui demande pourquoi il veut devenir éducateur canin, il me répond : « ben je ne sais pas, parce que j’aime les animaux, surtout les chats mais les chiens aussi et…voilà »

Moi : « T’es-tu renseigné sur le métier d’éducateur canin, as-tu lu des fiches métiers sur Internet, es-tu allé regarder des vidéos de professionnels qui exercent ce métier, as-tu cherché à en rencontrer, t’es-tu renseigné sur les autres métiers de contact avec les animaux ?… »

Lui : « Non »

Moi : « Penses-tu que tu devrais le faire ? Car actuellement, tu ne sais pas ce qu’est ce métier au quotidien, tu en as une idée mais tu dois confronter cette idée à la réalité du terrain. Par exemple:

  • savoir dans quels environnements tu travailleras,
  • quelle rémunération tu percevras,
  • quels sont les débouchés,
  • quelles sont les contraintes liées au métier, les aptitudes et les qualités requises

Tout cela pour être sûr de t’engager sur la bonne voie. Aimer les animaux est un préalable mais n’est pas suffisant; tu dois définir un projet professionnel cohérent avec ce que tu es et réaliste par rapport au marché. Pour cela, je te conseille de prendre RDV avec une conseillère d’orientation dans le CIO le plus proche de ton domicile. »

Il hoche la tête, il n’y avait pas pensé, «Merci beaucoup Madame».

Prendre une bonne décision d’orientation s’apprend

Cette anecdote illustre assez bien l’errement des jeunes quand il s’agit de choisir une orientation, rares sont ceux qui le font en toute connaissance de cause et avec lucidité. Et comment leur en vouloir, c’est un choix délicat, dans lequel ils doivent être accompagnés.

Ici, les 5 astuces pour connaître un métier de A à Z.

Et vous, une anecdote de ce type à partager dans les commentaires ?

Laisser un commentaire