HARO SUR APB : L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT ?

Haro sur APB : l'arbre qui cache la forêt ?
Crédit photo : johnyksslr

Le fameux portail APB (Admission post Bac) permettant aux futurs bacheliers une pré-inscription en 1ère année d’enseignement supérieur est en voie d’extinction, en tous les cas dans sa version actuelle. Vos enfants ont peut-être du en passer par APB, tout comme Zoé et Tanahé, qui dans ces vidéos, m’ont fait part de leur expérience. Ou alors, ils sont peut-être en terminale cette année et vous vous demandez à quelle sauce ils seront mangés, avec la réforme en cours de l’entrée à l’université pour 2018, annoncée par la ministre de l’Enseignement supérieur, Mme Frédérique Vidal.

En effet, une concertation avec les acteurs de l’enseignement supérieur a eu lieu ces dernières semaines et a débouché sur un rapport intitulé « Réformer le 1er cycle de l’enseignement supérieur et améliorer la réussite des étudiants ». C’est sur la base de ce rapport que le projet de réforme devrait être annoncé après les vacances de la Toussaint.

Une réforme, pourquoi ?

Un article du Figaro Etudiant datant du 29/09/17 (1) nous apprend que «  La ministre a expliqué avoir fixé comme objectifs prioritaires «l’abandon du tirage au sort» et «la mise en place d’un contrat de réussite pour lutter contre la sélection par l’échec». Cette dernière pourrait passer par la mise en place de prérequis à l’entrée de la licence. Ces derniers n’auraient pas comme visée de sélectionner les candidats, mais de leur lister les acquis nécessaires à l’intégration d’une filière. Ceux qui ne rempliraient pas les critères définis pourraient bénéficier d’une année de remise à niveau. »

La fin du tirage au sort sur les filières dites « en tension », qui avait fait l’objet de vives contestations, a donc été annoncée. Pour mémoire, une filière en tension est une filière où la demande est plus importante que l’offre (autrement dit, dans laquelle il y a plus d’étudiants qui veulent s’y inscrire que de places). Parmi les filières en tension, on parle surtout, à l’heure où j’écris ces lignes, parce qu’elles sont les plus demandées,  de STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), de la psychologie, de la PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé) et du droit.

Certains pays ont instauré des Numérus Clausus (en latin, « nombre fermé ») pour faire face à ce type de phénomène, comme c’est déjà le cas chez nous pour l’entrée en deuxième année de médecine. Le projet de réforme ira t-il dans ce sens ? Wait and see…

Filières en tension = métiers en tension ?

Non justement ! Au-delà du manque de places à l’université, c’est bien la question des débouchés qui se pose. Pour reprendre l’exemple de la filière psychologie, quid de former toujours plus de psychologues (je rappelle qu’il faut 5 années d’études pour obtenir le titre) quand on sait que le marché du travail pour les psychologues s’avère saturé, en tous cas en milieu urbain ?

Et si on pensait le problème autrement ? Plutôt que de raisonner en filières et disciplines (je fais psycho, je serai psychologue), si on s’attachait à lister toutes les compétences techniques et compétences clés qu’une formation en psychologie permet de développer et comment elles peuvent être utiles et valorisées sur le marché du travail, dans des secteurs et postes variés. Le ver est peut-être aussi dans le fruit, c’est-à-dire dans le contenu même de ces formations, qui seraient trop cloisonnées et ne permettraient pas d’acquérir des compétences suffisamment diversifiées pour s’adapter et s’insérer sur un marché du travail par essence évolutif ?

Le taux d’échec à l’Université

Ce qui motive cette réforme également, c’est le taux d’échec au bout de 4 ans à l’université, qui est chiffré par le ministère à 60% ! C’est vrai qu’il fait frémir ! Mais comme l’explique bien l’article du Monde Campus du 31.08.2017, dans ce taux, il y a une part non négligeable d’échecs d’étudiants fantômes, qui ne sont inscrits que sur le papier. Plusieurs causes à cela :

 « Parmi les 60 % figurent en effet ces étudiants invisibles, inscrits administrativement mais qui ne mettront jamais véritablement un pied à l’université. Jean-François Lhuissier, vice-président chargé de la formation au sein du regroupement Normandie Université, les évalue à 10 % des inscrits. « Ils ont besoin de bénéficier du statut d’étudiant, de la Sécurité sociale, et parfois de la bourse », décrit le maître de conférences en mécanique. La présence aux partiels constitue l’une des conditions pour percevoir cette aide financière. » (2)

Si l’on y ajoute, les étudiants qui sont là par défaut parce qu’ils ont échoué leur entrée en BTS, DUT (notamment les bacheliers professionnels, ces derniers n’étant la plupart du temps pas bien outillés pour réussir à l’université ) ainsi que les étudiants en attente de passer un concours (par exemple, infirmière, j’en connais…), on comprend très bien que ce taux d’échec soit si élevé.

Mais on ne peut pas parler d’échec pour ces étudiants n’est-ce pas ? Attention aux chiffres et à ce qu’on veut leur faire dire ! 

Quid d’APB ?

Revenons sur APB. Que lui reproche t-on au juste ? Sa complexité. Le côté obscur de son algorythme, dénoncé d’ailleurs par la CNIL. Le fait qu’un certain nombre de bacheliers se retrouvent, encore cette année, sans affectation :

« Au 26 septembre, à l’issue de la dernière phase d’affectation, 3 729 bacheliers, dont une majorité issus de filières techniques et professionnelles, n’ont toujours pas de formation. »(3)

Seulement, c’est oublier plusieurs choses. C’est oublier que les problèmes d’orientation observées entre le secondaire et le supérieur sont multifactoriels et sont dûs notamment  : 

1/ Au manque d’anticipation lié à l’afflux des étudiants dans le supérieur, corrélé à la volonté politique d’emmener un maximum d’élèves à un niveau de formation élevé. Autrement dit, en cause, l’afflux lié aux données démographiques (conséquence du baby-boom de l’an 2000) non anticipé par le politique et à la massification de l’enseignement supérieur.

Donnons un chiffre :

« Pour cette rentrée 2017, ce sont 38.100 étudiants supplémentaires qui se sont inscrits dans l’enseignement supérieur. »(4)

Mais quand les capacités d’accueil n’augmentent pas proportionnellement ? 

Cette massification pose, en outre, de nombreux autres problèmes, notamment celui de la valeur dégradée des diplômes. (5)

2/ A la faillite, maintes fois constatée, du système scolaire d’orientation, bien en amont de la classe de terminale. Pour Bernard Desclaux, ancien conseiller d’orientation de l’Education Nationale et formateur à la retraite, ce qui est en cause, ce sont ce qu’il appelle « les actions organisées » (ou « non organisées » d’ailleurs comme il le rappelle malicieusement dans un récent article ) par le système scolaire Education Nationale (6).  Cela inclut les procédures d’orientation et d’affectation, la répartition des offres de formation et l’éducation à l’orientation. C’est aussi parce qu’il y a des manquements à tous ces étages que l’orientation post-bac est si compliquée.

Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain….

APB est un outil et seulement un outil. Est-il responsable de cet afflux massif de candidats et des filières en tension évoqués ci-dessus ? Non. Personnellement, je trouve qu’il y a un effort de pédagogie autour de l’utilisation de cet outil, avec le site APB.  Il offre l’avantage d’une plus grande visibilité sur l’offre de  formation, il préserve l’anonymat. Il ne manque donc pas de qualités.

C’est ailleurs que se situe le problème. Dans notre école, qui ne forme pas des personnes libres et créatives et qui reproduit les inégalités sociales malgré ses belles intentions.

Le projet de réforme lorsqu’il paraitra sera pour moi l’occasion d’écrire un second article sur le sujet et de développer un peu les problématiques d’orientation de notre système évoquées ci-dessus ! A très vite !

Réagissez à cet article, donnez votre opinion, partagez votre expérience !

Références :

(1), (3), (4) Un comité d'éthique veillera sur la prochaine version d'APB

(2)  Les 60% d'échec à la fac masquent une réalité plus complexe  

(5) La démocratisation des diplômes est-elle allée trop loin ?

(6) La fin d'APB et la résolution de problèmes d'orientation 

2 comments / Add your comment below

  1. Le phénomène des algorithmes se généralise mais ce n’est pas cet outil qu’il faut incriminer mais l’impéritie de ceux qui sont chargés de réguler les flux dans les filières en tension. Cela fait quelques décennies qu’on n’affronte pas le problème. Il faudrait faire également de la pédagogie auprès des parents et des étudiants pour éviter tous ces engorgements à l’université et redorer le blason des formations professionnelles et techniques qui sont mal perçues en général alors que cela devrait être tout le contraire. Bien former les jeunes aux métiers d’aujourd’hui et de demain leur permettra de s’insérer utilement dans la société en ayant plus d’opportunités de travail, et non d’alterner petits boulots et périodes de chômage, qui sont le cancer de nos sociétés en mutation. La mutation chemine seule, à côté de ceux qui ne sont pas du tout ou insuffisamment formés, deux parallèles qui causent du grabuge de ne pas se rencontrer…

  2. De fait ADB cafouille complètement et l’irréversibilité de certaines décisions d’ADB dû audit cafouillage pénalise les étudiants qui se retrouvent malgré eux dans des études pas souhaitées ! Vivement la généralisation des cours sur le web: on aurait le choix des profs et on éviterait de s’endormir en amphi avec des annôneurs venus cachetonner .

Laisser un commentaire

Soyez prévenu(e) dès que je publie un nouveau contenu et recevez gratuitement mon guide Cliquez ici
Hello. Add your message here.