« Entre parent et adolescent » : un livre pour faciliter la communication entre parents et ados

Entre parent et adolescent, un livre de Haim G.Ginott et Sophie Benkemoun

 

 

Entre parent et adolescent, Dr. Haim G.Ginott et l’Atelier des parents. Révision et mise à jour : Dr. Sophie Benkemoun, 2015, 223 pages

Quelques mots sur les auteurs :

Haim Ginott (1922-1973) était psychologue clinicien et professeur. Thérapeute pour enfants, il a aussi organisé des ateliers de parents dans le but de leur apprendre à améliorer leur bienveillance et leur efficacité avec leurs enfants. Il a écrit en 1969 « Between Parent and Teenager ».

C’est ce livre que je vous propose de découvrir aujourd’hui, dans sa version française, enrichie par Sophie Benkemoun. Cette dernière est docteur en médecine, maman de 3 garçons. En 2006, elle a fondé l’Atelier des parents, afin de faire découvrir au public francophone les idées novatrices du Dr. Ginott.


« Le père de Stéphane : «Je ferais n’importe quoi pour le voir réussir dans la vie.»

Et Stéphane, 16 ans : « Je n’en peux plus de recevoir des conseils de mon père. Il me parle toujours de mon avenir. En attendant, il me gâche le moment présent. Je n’ai aucune confiance en moi et j’ai l’impression de tout rater. » (p.13)

C’est par ce genre de réflexions entendues par les auteurs que débute ce livre, nous démontrant, s’il en est besoin, le fossé parfois considérable qui s’installe entre parent et adolescent. Dans cet cet exemple, le père veut voir son fils réussir et pourtant celui-ci a l’impression de tout rater. Il y a comme un problème non ?

C’est que, comme le soulignent les auteurs, « Une aide est perçue comme une intrusion ; toute sollicitude comme de l’infantilisation et tout conseil comme une volonté de contrôler. Car l’autonomie, même s’ils la redoutent, est la valeur suprême. » (p.17)

Face à ce genre de malentendu fréquent, porteur de conflits, ce livre propose des clés de compréhension de ce qui se joue à l’adolescence ainsi que des clés pour mieux communiquer avec un adolescent.

S’informer sur les transformations de l’adolescence

Tout au long de cet ouvrage, les auteurs nous proposent un état des lieux de ce qu’est l’adolescence, assorti de conseils pour agir au mieux.

Chaque parent doit déjà savoir, afin d’éviter des réactions inappropriées, que tout adolescent vit, plus ou moins facilement, des transformations physiques et psychologiques majeures.

Bien-sûr, il y a la croissance rapide, la nécessité de s’approprier un nouveau corps, qui peut le rendre « mou » et/ou maladroit.

Il y a les comportements ambivalents, contradictoires, la prise de risques, les émotions exacerbées, qui sont le fruit du remodelage de son cerveau.

« On sait aujourd’hui que le développement du cerveau se termine en moyenne vers l’âge de 24 ans. Une zone est particulièrement concernée, celle des lobes frontaux qui verront leur maturation se terminer en dernier. C’est le siège de l’anticipation des conséquences des comportements, de la planification de l’action, de l’intégration des règles sociales et de la régulation de l’humeur. Si votre ado manque de discernement, s’il ne raisonne pas toujours comme un adulte et s’il agit d’une manière très impulsive, ce n’est pas contre vous, c’est à cause de son cerveau ! »

Il y a aussi le besoin majeur d’autonomie, le désir d’être considéré comme un adulte alors qu’il n’en est pas encore un. La contestation, la révolte contre l’autorité et les conventions sont là pour lui permettre de grandir, d’opérer le nécessaire détachement d’avec ses parents, pour devenir un adulte.

Tout cela fait de cette période un moment sensible, qu’on qualifie souvent de «crise d’adolescence». On peut parler de crise dans la mesure où de profonds changements sont à l’oeuvre, qui vont permettre à votre adolescent de construire son identité. Car c’est bien la tâche majeure de l’adolescence.

Ne sous-estimons jamais, en tant que parents, le poids des bouleversements que vit un adolescent dans un temps relativement court. « Aussi, même s’il ne le reconnaît pas, un adolescent a besoin de notre aide. Mais elle doit être subtile et avisée. » (p.24)

Comment aider son ado à traverser cette période et éviter les conflits ?

Pour préserver une bonne relation parent/adolescent et aider ce dernier à traverser au mieux cette période agitée, les auteurs insistent sur quelques habiletés relationnelles que les parents peuvent développer. Parce que « Les réponses des adolescents varient selon notre style de communication et notre attitude. »

Néanmoins, ils émettent les réserves suivantes :

« Dans les relations humaines, les habiletés ne sont rien sans les personnes qui les utilisent. Sans attitude bienveillante et authentique, les habiletés restent inutiles. » (p.50)

Quelles sont ces habiletés ?

1/ Accepter cette période agitée, en se rappelant régulièrement des bouleversements qui s’opèrent à cet âge.

Les auteurs insistent cependant et à juste titre, sur la différence entre acceptation et approbation. Accepter ou accueillir avec bienveillance les contradictions, les maladresses, les points de vue, les goûts, les émotions de son ado ne revient pas à être d’accord avec tout ce qu’il fait ou dit, bien évidemment !

2/ Savoir écouter son adolescent et le respecter. Ce qui passe par :

  • la reconnaissance de la valeur de son point de vue, de ses goûts etc. et donc, par conséquent, l’évitement de tout jugement de valeur sur ces derniers. Il s’agit de commencer par l’écouter avec attention, après quoi il est possible de donner notre point de vue. N’est-ce pas la base d’un vrai dialogue ?
  • dans la même idée, l’empathie. « Être empathique, c’est privilégier l’écoute aux longs sermons, c’est savoir refléter l’émotion que vit l’adolescent sans apporter de jugement ou conseil. » (p.203)
  • la prise en compte de l’individu qu’il est, distinct de nous, et de la nécessité de garder une juste distance afin qu’il puisse à la fois se sentir en sécurité et cheminer vers l’âge adulte. « Pour se respecter mutuellement, parents et adolescents doivent garder certaines distances. (…) Le respect entraine une connaissance de notre adolescent comme individu distinct et unique, un être qui n’est pas nous. (…) Chacun n’appartient qu’à soi-même. » (p.35). Nous devons, s’il en est besoin, couper le cordon ! « L’adolescent, assuré de la tendresse et du respect des siens, doit s’aventurer seul pour le voyage de sa vie. » (p. 39)
  • dans le même sens, le fait de lui faire savoir que nous sommes là s’il en a besoin et éviter d’être intrusif et interventionniste. « Un père et une mère avisés savent se rendre de moins en moins indispensables. Ils assistent avec amour au drame de la croissance, mais résistent au désir d’intervenir trop souvent. » (p.32)

3/ Savoir critiquer, dire sa colère et complimenter de façon constructive. Ayant constaté le peu d’impact sur les ados de compliments du style « Tu es ceci… », « Tu es cela…» (destinés théoriquement à renforcer leur estime d’eux-mêmes ou leur motivation) car ils sont aussi finalement des jugements de valeur, les auteurs préconisent une nouvelle approche : « Décrivez, ne jugez pas. Occupez-vous de l’objet, non du sujet. Décrivez votre ressenti, ne jugez pas le caractère. Exposez ce qu’il a fait avec réalisme, ne le portez pas aux nues. » Ce sont les ados qui doivent déduire de notre compliment descriptif leurs propres conclusions par rapport à leur valeur.

Quant aux critiques et à la colère, il en est de même, elles ne doivent pas attaquer la personnalité et le caractère du jeune mais porter sur le problème du présent. La règle d’or est de parler à la première personne. Les auteurs donnent de multiples exemples pour illustrer cette approche.

« Voici le conseil que nous donnons sans réserve.

  • Ne vous attaquez pas à la personnalité.
  • Ne critiquez pas les traits de caractère.
  • Ne traitez que du cas présent. » (p.72)

4/ Distinguer les actes des émotions . « La distinction entre les actes et les émotions est la pierre angulaire de la nouvelle approche. Soyons tolérants pour tout ce qui touche aux émotions et aux désirs. Soyons stricts devant un comportement inacceptable. » (p. 12)

5/ Définir un cadre dans lequel les limites sont claires et qui est fondé sur nos valeurs, celles qui nous tiennent à cœur et que nous voulons leur transmettre. Tenir bon sur ce cadre même si momentanément nous devons être confrontés à leur animosité. Les ados ont besoin d’adultes forts face à eux, pas de copains.

« La fidélité à nos principes dans les moments difficiles marque forcément nos adolescents. Même si nos paroles ne leur plaisent pas, ils sont impressionnés par notre force morale et par notre intégrité. » (p.114)

Ce cadre est composé de 4 éléments :

1/ Ce qui est interdit

2/ Ce qui est non négociable

3/ Ce qui est négociable

4/ Ce qui est libre

« Ces limites ne sont ni arbitraires ni soumises à l’inspiration du moment. Elles sont fondées sur des valeurs et visent à la construction du caractère. C’est un cadre qui apporte la sécurité dont l’adolescent a besoin et non un cadre qui le contraint. » (p.123)

6/ Concernant les grandes questions qui se posent aux parents d’adolescents, à savoir les conduites à risques (alcool, tabac, drogues, écrans) et la sexualité : il est nécessaire là encore de s’informer, de dialoguer et de se positionner clairement, en rapport avec nos valeurs. De leur apprendre à dire non, même si pour cela, ils doivent être moins populaires auprès de leurs pairs, notamment en leur montrant l’exemple.

« Les parents qui essayent de maintenir à tout prix dans leur foyer un climat bienveillant ouvert à toute discussion et qui apprennent à leurs enfants à faire des choix éclairés et responsables diminuent nettement le risque de dérapage. » (p.143)

Mon point de vue sur le livre

Sur les transformations de l’adolescence, les informations sont assez succinctes mais donnent envie de s’y intéresser davantage en consultant d’autres sources (voir propositions en fin d’article).

Ce livre est un plaidoyer pour une autorité bienveillante et les clés de communication qui y sont exposées me font penser à l’approche de la CNV (Communication Non Violente). J’y souscris totalement car elles me semblent pertinentes pour instaurer un climat pacifique, et ce bien au-delà des relations parents /adolescents d’ailleurs.

Ensuite, c’est une question d’entrainement pour arriver à communiquer avec nos enfants de cette manière. Seulement, à ce stade, il est aussi utile de rappeler, et c’est ce que font d’ailleurs les auteurs, que la bienveillance n’est pas seulement à accorder à nos ados, mais qu’elle doit s’accorder aussi et même en priorité à nous-mêmes, loin de toute recherche de perfection. La parentalité adolescente, puisque c’est de cela qu’il s’agit ici, est une opportunité de croissance personnelle, pas un appel à la perfection.

Ce livre insiste bien sur un point qui me semble important à rappeler aussi. L’adolescence est comme une seconde naissance et en cela, elle nous oblige, en tant que parent, à couper le cordon. Et c’est nécessaire sur tous les sujets, y compris celui de l’orientation et de l’avenir de nos enfants.

Je ne peux que souscrire aussi au réquisitoire des auteurs contre l’hypersexualisation de notre société, encouragée parfois par des parents, et qui va à l’encontre d’une sexualité respectueuse de chacun et épanouissante.

Le livre est vivant car nourri par plusieurs années d’expériences de contacts avec parents et ados. A ce titre, le dernier chapitre est consacré à des anecdotes vécues qui permettent, au travers de discussions sur des thèmes comme l’argent, les devoirs, le sport etc. d’illustrer des attitudes et des façons de communiquer parentales qui ont été soit constructives et bienveillantes, soit qui ont entrainé des conflits.

Enfin, et c’est appréciable, une fiche résume sur 2 pages les quelques clés principales abordées dans le livre pour communiquer dans la bienveillance. Une sorte de mémento pouvant faire office au besoin de piqûre de rappel !

Je terminerai par cette très belle phrase du Dr. Ginott :

« Laisser partir ceux que nous voudrions retenir nécessite de la générosité et de l’amour. Seuls des parents sont capables d’une telle grandeur d’âme » (p.9)


Pour aller plus loin sur les transformations de l’adolescence et pour rire aussi 😉 :

Pourquoi les ados sont-ils si mous ? :  https://youtu.be/Nayz46CPw64
Nicole Ferroni nous explique l’adolescence : https://youtu.be/zce5X22WtnI
« Cerveau en construction. Pourquoi les ados ne raisonnent pas comme nous », Sheryl Feinstein, Editions Fabert, 2010

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